Chirurgie esthétique : utile ou futile ?

L’homme a toujours cherché à modifier son apparence, cela l’oppose à l’animal. Dans les tribus les plus primitives, on a eu recours à des artifices pour orner son corps : maquillage, tatouages, scarifications, déformations rituelles de certaines parties du corps. La chirurgie esthétique se pratique depuis le début de notre civilisation, soit plus de 5000 ans. Cette chirurgie est maintenant reconnue comme un facteur de bien être et de santé. Elle est utile au patient. Parce qu’au bout il y a le soulagement de l’âme, le bonheur peut être. « Un défaut de l’âme ne peut se cacher sur un visage, mais un défaut du visage, si on le corrige, peut corriger une âme » (Jean Cocteau). Cependant elle est ambivalente : parfois futile, elle peut pourtant changer un destin !

La souffrance psychique n’est pas proportionnelle à la gravité d’une déformation. Alors qu’un individu qui a des séquelles de brûlure graves peut mener une vie normale, un autre souffrira terriblement d’une petite bosse sur le dos du nez, c’est à dire de quelques gramme d’os en trop. Un sentiment d’anormalité ou de différence avec ses semblables est pour certains un frein à la communication.  Il y a des gens pour qui améliorer l’apparence facilite la communication harmonieuse avec autrui. Par exemple, l’augmentation du volume des seins chez une femme qui n’a pas de poitrine peut-être une recherche d’érotisme mais elle est parfois plus simplement une demande de rectification d’une « injustice » de la nature, qui lui empêche de se sentir une femme. Mais cette chirurgie normalisante n’est-elle pas un leurre ? Si l’on opère sans comprendre la cause de la souffrance, la douleur sera-t-elle soulagée ?

Ainsi, la chirurgie esthétique viserait à rétablir un peu plus d’égalité entre les êtres en gommant les disgrâces physiques. Mais doit-on pour autant fabriquer des clones ? Peut-être faut-il travailler à construire une société plus tolérante, qui accepte la différence ou la disgrâce. Une éducation qui nous permettrai d’être nous même, sans essayer de copier une image.

L’âge peut être beau s’il est bien vécu. Sœur Emmanuelle était très ridée mais de son visage émanait une beauté qui la transfigurait et je ne pense pas qu’elle ai eu l’idée un jour de consulter un chirurgien esthétique. Mais peut-on exiger de tout le monde d’avoir la personnalité de Sœur Emmanuelle ?

La chirurgie esthétique peut être une chirurgie de la liberté, de l’équilibre et de l’harmonie mais elle ne doit pas être une chirurgie d’excès. Cette chirurgie n’a de sens que dans l’optique d’une restauration de l’image abîmée, d’un service rendu à la personne humaine.

Docteur Gérald Franchi – Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique – Paris

Réflexion publiée en septembre 2004 dans une revue grand public.