Dysmorphie Snapchat : comment la mode des selfies impacte la chirurgie esthétique ?

“Nous vivons dans une ère de selfies édités et les standards de beauté sont en évolution constante. L’avènement et la popularité des médias sociaux basés sur l’image ont poussé les utilisateurs à utiliser Photoshop et se munir d’un arsenal de filtres. Quelques swipe sur Snapchat peut ajouter à votre selfie une couronne de fleur ou des oreilles de chiot. Un petit ajustement sur Facetune lisse la peau, blanchit les dents, agrandit les yeux et repulpent les lèvres. Un rapide partage sur Instagram, et les likes et commentaires commencent à affluer. Ces filtres et outils d’édition sont devenus la norme, et altèrent la perception de la beauté à travers le monde.” (1)

Comment les selfies et les retouches impactent la perception du soi.

L’utilisation des outils d’édition ne date pas d’hier, elle était auparavant largement répandue dans les médias et les publicités, pour les retouches de stars ou de mannequins. Mais l’accès de ces outils au grand public change la donne. Le public, qui avait tendance à idéaliser ces images, les jugeait aussi inatteignables, en sachant les retouches que cela impliquait. À présent, cette accessibilité à une pseudo perfection généralise une image sans défauts, lisse et normée de la beauté. C’est même votre entourage direct qui la véhicule. Cela rend le retour à la réalité difficile.

Ce phénomène commence clairement à altérer la perception de la réalité du soi, impactant ainsi l’estime de soi et dans certains cas allant jusqu’à provoquer une dysmorphophobie (“Angoisse immotivée liée à l'exagération d'un défaut d'apparence physique ou d'un simple caractère individuel considéré comme un défaut par le patient”(2) ).

Conclusion de l’étude menée sur de jeunes ados

  • Les personnes qui modifient le plus leur apparence avec les outils d’édition présentent une insatisfaction plus grande de leur apparence et de leur corps.

  • Les personnes présentant une dysmorphophobie auront tendance à chercher une validation sociale sur les réseaux sociaux.

  • Il semble également que plus l’engagement sur les réseaux sociaux est important, plus l’insatisfaction de son corps est grande.

De ce phénomène résulte ainsi :

  • Une demande croissante de “paraître plus attrayant(e) sur des selfies”, un phénomène observé par 55 % des chirurgiens esthétiques et plastiques aux Etats-Unis en 2017 (premier pays en nombre d’interventions plastiques), selon une étude de l’AAFPRS, contre 42 % en 2015 ;

  • Une augmentation des partages du process et des résultats des interventions de chirurgie esthétique par les patient(e)s ;

  • Au Moyen-Orient, des demandes plus excentriques encore deviennent populaires, notamment une forme de visage et des yeux proches de celles des félins.

Les interventions les plus demandées pour améliorer l’apparence des selfies sont

En conclusion, alors qu’auparavant, les patients venaient consulter avec une image de leur star favorite, ce sont maintenant des images modifiées et lissées d’eux-mêmes qu’ils souhaitent atteindre. D’où l’appellation de ce phénomène : “Dysmorphie Snapchat”. Il nous pousse à être de plus en plus vigilant en consultation, puisque ces patients ont besoin de d’un suivi psychologique avant tout. Aucune opération ne pourra les satisfaire et une addiction peut en découler, ainsi qu’une insatisfaction grandissante, une perception de plus en plus erronée du soi et ainsi une très mauvaise estime personnelle.

(1) Traduction de l’introduction de l’article “Selfies—Living in the Era of Filtered Photographs” publié par les Susruthi Rajanala, BA1; Mayra B. C. Maymone, MD, DSc1; Neelam A. Vashi, MD1, le 2 août 2018 sur la Revue JAMA Facial Plastic Surgery.

(2) Définition CNRTL.

Source : https://jamanetwork.com/journals/jamafacialplasticsurgery/article-abstract/2688763